MA NUIT AVEC LES GILETS JAUNE

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MA NUIT AVEC LES GILETS JAUNE

Message par Alpha le Dim 2 Déc - 6:16

Ci-dessous, une lettre ouverte d'un copain d'un copain ayant été voir de près les gilets jaune. Me demandant de faire suivre cette lettre ouverte sans modération, quoi de mieux qu'un forum de débat pour cela!!!

Mon camarade me dit dans son message que peut importe qui il est, l'essentiel étant que ce message fasse réfléchir à un moment où la réflexion semble avoir quitté beaucoup d'entre nous.

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Pour éviter de penser à la place de ceux ou celles qui disent quelque chose, le moyen le plus adéquat pour se faire une idée, c'est d'aller les voir. Ce que j'ai fait avant hier en passant la nuit avec les gilets jaunes qui occupent un rond point à deux cent mètres du dépôt gaz de la raffinerie de Feyzin. Ce que j'ai vu, mais surtout entendu, c'est de la solidarité brut sans raffinage. Sociologiquement, il y avait de tout, des jeunes, moins jeunes, des vieux, des chômeurs, des salariés, des de toutes les couleurs. Quand je suis arrivé (j'ai convoyé pour l'occasion des déjà anciens gilets jaunes depuis Oullins) à 22h00, on ne m'a rien demandé. Par contre tout le monde m'a dit bonjour. C'est dingue comme ça vous rafraîchit l'occiput, parce que si l'on s'en tient aux rumeurs et aux ragots, j'aurais du me faire occire illico presto. Après quoi, puisque j'avais décidé de prendre du temps avec eux, ben on a papoté autour des braseros. Ils ont installé une cantine coopérative qu'ils alimentent eux mêmes, quant ce ne sont pas des gens qui viennent leur apporter de quoi se sustenter. Et je peux vous assurer que ces gagnes petits savent recevoir, même si leur vaisselle n'a pas été renouvelée, parce qu'en définitive ce qui les préoccupe ce n'est pas l'argenterie, c'est ce qu'ils ont dans l'assiette. A ce sujet, l'assiette fiscale fait bien partie de leurs causeries. Ils ne sont en rien opposés à l'impôt, mais estiment ces pleutres, qu'il y a une grande injustice sociale dans ce pays. Si l'augmentation du carburant a déclenché leur colère, jusqu'alors bien ou trop sagement contenue, c'est que le carburant qui alimentait leur vision de la société s'est effondrée d'un coup de brut de trop. Et quand je dis brut, je ne fais pas seulement référence au pétrole, mais à la brutalité d'une politique qui leur dit en substance que pour que ce pays soit riche, il faut nécessairement qu'ils soient pauvres. Si bien que sous leurs chasubles de la sécurité routière, j'ai perçu en eux tout plein de Victor Hugo. Des Victor Hugo de la périphérie lyonnaise, pas assez endimanchés, pas assez éduqués pour les têtes bien pleines de la ville des Gaules, qui les houspillent sur leurs tenues comme sur leurs comportements, car selon eux complètement étrangers à la vie frétillante, exaltante du chacun pour soi. Un paradoxe d'ailleurs lorsque trois femmes, françaises d'origine maghrébine, partent en maraude vers 23h00 pour apporter de la bouffe aux SDF du coin. L'image est saisissante, qui ne passera bien entendu pas aux JT des tubes cathodiques de la raison. On ne saurait prêter à ces gueux l'intelligence du coeur, puisque chacun sait désormais qu'ils n'ont rien dans la caboche. Que ne se contentent-ils pas des miettes qu'on leur offre ? C'est indécent.
Hors donc, la nuit fut propice aux rencontres, aux échanges et aux débats, sous les coups de klaxons incessants de soutien des routiers qui roulaient à fond la caisse sur l'autoroute toute proche, ou de ce camion de pompiers qui passa près de nous aux premières lueurs du jour en faisant de même à notre égard. Je n'aime guère les avertisseurs sonores, mais j'avoue qu'ici, ils ont résonné en mélopée solidaire. Qui sont donc ces gilets jaunes et que veulent-ils ? Ceux de Feyzin réclament la justice sociale. La majeure partie d'entre eux avoue que c'est leur première manifestation, dans tous les sens du terme. Certains sont montés à Paris le samedi précédent et ce qu'ils ont découvert sur les Champs Elysées, c'est que la démocratie à laquelle ils sont viscéralement attachée, ne ressemble pas du tout au portrait qu'ils s'en font. La violence policière à l'égard de gens assis sur le bitume ou contre des personnes âgées les ont secoué grave, comme dirait ma fille. "Putain on est pas en Corée du Nord, là", lâche un quarantenaire bien campé sur ses deux jambes. Oui, cette violence qu'il voyait à la télé, ces fameux casseurs bien utiles pour alimenter les montages honteux des chaînes hertziennes, s'est abattue sur eux. Incompréhensible et surtout contre productive, parce qu'elle a décuplé chez eux encore plus de hargne contre Macron et son gouvernement. Au mépris se sont ajoutés les coups ! Un premier rideau qui s'ouvre sur la scène des faux semblants. J'ai témoigné de ce que je savais depuis longtemps, moi qui ai foulé le bitume bien des fois pour de multiples causes, de cette violence policière devenue de plus en plus raffinée, au fur et à mesure qu'aux doigts levés par éducation pour exprimer son opinion, se sont substitués les poings. L'acte deux s'est imposé dans la foulée pour eux. A savoir celui de l'information. Ces gilets jaunes ont compris soudainement, parce qu'ils sont devenus acteurs de leur colère, qu'on trahit leur propos, qu'on travestit leur image. Les échanges sur ce sujet sont vifs mais aussi teintés d'un humour qui a quitté depuis bien longtemps les beaux quartiers entre Rhône et Saône.  "On ne devrait pas payer la redevance" place un gilet jaune allongé sur une palette. Ca sent la fronde, ça gronde. J'ajouterai que "ça branle dans le manche". Puis petit à petit on est rentré dans le vif des sujets. Alors qu'un gilet jaune prépare la soupe à l'oignon dans une casserole qui trône sur un moellon creux en béton utilisé ici comme cuisinière, qui a sorti son enceinte à musiques interrompues toutes les dix minutes par la publicité, notamment Leroy Merlin qui a du payer une blinde pour nous allécher avant les fêtes de Noël, une femme propose qu'on aille une de ces quatre lunes, dirent tout le bien qu'on pense des grandes enseignes. Là ça parle consommation, donc prix et la bascule est immédiate sur les salaires. Tiens donc, les gilets jaunes ne sont pas obsédés seulement que par le carburant. La peinture
poujadiste qu'en tirent certaines plumes ou magnétophone en images serait un faux ? On nous aurait menti ? J'apprends que les salariés de la raffinerie sont en grève et réclament justement des augmentations de salaire. Je n'ai pas été surpris qu'un des leurs aborde par la suite l'histoire oh combien passionnante des multinationales. Ce n'est pas la fin du mois, je n'ai pas encore reçu le "Monde Diplo", qu'il m'est donné ici à l'entendre avant de le lire ! Les gueux sont donc plus intelligents qu'on ne le croit. Je ne vous surprendrai pas non plus en vous révélant qu'ils sont loin d'être sots, et qu'entre le renouvellement de la vaisselle Elyséenne, l'évasion fiscale à 100 milliards, leur colère s'appuie bien sur un champ large de reproches adressées à une noblesse (le terme a été employé) qui les méprise. Mais de tous les sujets, et ils ont été nombreux qui balaient l'état désastreux de notre société (socialement), celui des retraites a été dans toutes les bouches. Ils ne supportent pas le sort réservé aux anciens avec la ponction par la CSG, tout comme ils exigent la renationalisation des services publics. C'est à ce moment qu'un autre gilet jaune a revisité l'histoire de France. Et de nous ramener aux heures des révoltes antérieures (1789, 1848, le Front Populaire). Diantre c'est qu'ils connaissent aussi l'histoire et l'ont gardé en mémoire ? Sacrés Gaulois !
C'est un petit aperçu des conversations nombreuses et variées qui m'ont amené jusqu'au petit matin sans que je ne m'en rende compte. J'ai également pu constater comment, dans ce qui est qualifié de mouvement désorganisé, ils savent très bien décider ensemble des cibles à viser, et surtout agir plutôt que s'éterniser à refaire le monde entre eux. Belle leçon d'efficacité et une conscience aiguisée sur la portée de leur mouvement, qui m'amène à en conclure, sans en faire une généralité, que ce n'est pas un saut d'humeur, Sire, c'est un soulèvement.
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Re: MA NUIT AVEC LES GILETS JAUNE

Message par ancien le Dim 2 Déc - 17:23

Bien dit , bravo , je soutiens .
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Re: MA NUIT AVEC LES GILETS JAUNE

Message par Alpha le Lun 3 Déc - 6:08

ancien a écrit:Bien dit , bravo , je soutiens .
Je ne sais si cela est bien dit, en tout état de cause ce n'est pas moi qui l'ai dit, juste mis en ligne.

Ce qui me surprend, c'est que de tous les supporters des gilets jaune et dieu sait qu'ils sont nombreux ici, pas un à part toi ne vient dire un mot, peu importe lequel, sur cette lettre ouverte.

Ils sont certainement tous dans les rues de leurs villes à manifester.

Ou alors, c'est le contenu de cette missive qui ne leur plait pas et encore une fois, un silence de plomb s'abat sur un fil.
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Re: MA NUIT AVEC LES GILETS JAUNE

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