Le bras droit de Macron a pris part à l’élection du président vénézuélien

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Le bras droit de Macron a pris part à l’élection du président vénézuélien

Message par Tripop le Ven 14 Avr - 13:21

Le bras droit de Macron a pris part à l’élection du président vénézuélien

Emmanuel Macron critique l’attirance de Jean-Luc Mélenchon pour le Venezuela. Mais en 2013, quand il travaillait chez Havas, Ismaël Emelien, son plus proche conseiller, a fait partie de l'équipe qui pilotait la communication de la campagne présidentielle de Nicolas Maduro, l’actuel président et successeur d’Hugo Chavez.

L'équipe d’Emmanuel Macron n’avait pas vu venir la dynamique Mélenchon. Longtemps, Macron n'a même pas parlé de lui. Mais depuis qu'il perce dans les sondages, le candidat d'En Marche commence à s’occuper du champion de la « France insoumise ». À Besançon, mardi 11 avril, l'ancien ministre a tancé le « révolutionnaire communiste : il était sénateur socialiste quand j’étais encore au collège ».

Le lendemain, dans La République des Pyrénées, Macron a évoqué l'affection de Mélenchon pour le Venezuela et son ancien président Hugo Chavez, décédé en 2013, dont il a fait un inspirateur. « Je rappelle qu’il érige comme modèle le Venezuela. Or, le Venezuela, après Chavez, c’est quand même le pays qui est tellement mal en point économiquement qu’il est contraint d’importer du pétrole alors qu’il possède des réserves parmi les plus importantes du monde. »

Jeudi 13 avril, il a encore ironisé sur l'« alliance bolivarienne » diplomatique avec le Venezuela, l'Iran et Cuba qui figure aux points 15 et 62 du programme de Mélenchon. Sur les réseaux sociaux, la « Team Macron », l'équipe de riposte web du candidat, a souligné les sympathies vénézuéliennes de l'ancien coprésident du Parti de gauche, renommé « Jean-Luc Chavez » dans un clip vidéo où le pays d'Amérique du Sud est présenté comme une « dictature », « en proie à la famine, l’insécurité et la corruption ».

Les faits sont là : le Venezuela de Maduro est rongé par la crise économique, la corruption et les violences. Le petit pays, qui a pu faire figure de laboratoire pour la gauche radicale sous la présidence de Chavez (1999-2013), affronte une crise humanitaire sans précédent et un exode massif. Quant au président socialiste Nicolas Maduro, successeur de Chavez élu de justesse en 2013, il s'est mué en autocrate, réprimant les droits du Parlement, des opposants et des prisonniers politiques.

Emmanuel Macron a pourtant perdu une occasion de faire preuve de discrétion : comme L’Express l'a souligné cet automne, Ismaël Emelien, son bras droit, a précisément fait partie de l'équipe de communicants d'Havas (ex-Euro RSCG) qui a conseillé Nicolas Maduro au cours de sa campagne présidentielle. En vertu d'un juteux contrat entre le gouvernement vénézuélien et l'agence, propriété du milliardaire Vincent Bolloré.

« Il a travaillé avec moi à réfléchir sur le positionnement stratégique de la campagne de Maduro », confirme Gilles Finchelstein, directeur des études d’Havas Wordwide, dont Emelien était le bras droit chez Havas. « Je suis allé au Venezuela deux fois trois jours. J’ai consacré à cette mission environ une journée par semaine pendant trois mois », confirme Emelien à Mediapart.

Ismaël Emelien (photo), 29 ans, est l’incarnation du « Havas boy ». En 2006, à 19 ans, il interrompt ses études à Sciences-Po pour participer à la campagne de DSK à la primaire socialiste, un échec. Entré chez Havas auprès de Gilles Finchelstein, il rencontre Emmanuel Macron en 2009. Cinq ans plus tard, nommé au ministère de l'économie, ce dernier le bombarde conseiller spécial. En avril 2016, Emelien quitte Bercy quelques mois avant Macron pour préparer le lancement d’En Marche, mouvement destiné à porter les ambitions présidentielles de son mentor. Stratège et couteau suisse de la campagne, il fait figure d’homme de confiance de Macron et fuit les journalistes. En cas d’élection d’Emmanuel Macron à l'Élysée, il devrait jouer un rôle important.


Le contrat d’Havas au Venezuela a commencé début 2013. Chavez est mourant. Il faut préparer la succession et lancer sur orbite Maduro, le dauphin désigné par Chavez. Peu de temps auparavant, le banquier d’affaires Matthieu Pigasse, patron de la banque Lazard en France, a commencé à conseiller le pays sur la politique économique et la négociation de sa dette. Il met en relation les équipes de Maduro avec Havas, dont il connaît bien les dirigeants : Matthieu Pigasse a coécrit en 2009 un livre, Le Monde d’après (Fayard), avec Gilles Finchelstein.

« Maduro était alors présenté comme le Lula vénézuélien, un pragmatique, la branche syndicale du chavisme, raconte Gilles Finchelstein, par ailleurs directeur de la Fondation Jean-Jaurès, un think tank proche du PS. Il s’agissait d’une offre complète avec réalisation de spots publicitaires, un documentaire, l’organisation et la conception des meetings, les réseaux sociaux et le conseil. » Autrement dit : Havas, en liaison avec des « équipes locales », s’est occupé de tout. Le patron d’Havas Wordwide, Stéphane Fouks, ancien communicant de Dominique Strauss-Kahn, se rend « deux fois » à Caracas ; Gilles Finchelstein (un autre fidèle de DSK), « six ou huit fois ».

« Une trentaine de personnes ont travaillé dessus à un moment ou à un autre », dit Finchelstein, qui ne dévoile pas le montant de ce gros contrat pour l'agence, spécialisée dans la communication d'entreprises… et de chefs d'État étrangers.

La prestation d’Havas n’a pas été très concluante : en quelques semaines, Maduro perd quinze points dans les sondages. Et le jour de l'élection, le 14 avril 2013, il frôle la défaite avec 50,6 % des voix. « Cette intervention cher payée a été très mal vue dans le camp Maduro, témoigne Romain Migus, spécialiste de l’Amérique latine venu « vivre de l’intérieur » la révolution bolivarienne. Ils ont fait des erreurs : avec une communication très marketing, ils ont dilapidé le capital politique de Maduro. »

Dans son livre Les yeux dans les yeux sur l’affaire Cahuzac (Plon, 2013), la journaliste Charlotte Chaffanjon raconte comment les mésaventures de Havas au Venezuela confortent, au gouvernement, « la réputation de loser » de Fouks. La campagne vénézuélienne coïncide en effet avec l'affaire Cahuzac. Pendant des mois, Stéphane Fouks a mis son influence et ses réseaux au service de la défense médiatique de son « ami » Jérôme Cahuzac. Le 2 avril 2013, après des mois de dénégation, l'ex-ministre du budget reconnaît posséder le compte en Suisse non déclaré dont Mediapart a révélé l'existence quelques mois plus tôt.

Aujourd'hui, les proches de Macron jurent tenir Fouks à distance de la campagne : trop lié à DSK mais aussi à son vieux compère Manuel Valls, trop marqué, trop « chat noir ». Gilles Finchelstein, lui-même, ne prodigue plus que de lointains conseils. Cela étant, rien ne dit qu'Havas ne peuplerait pas les cabinets ministériels d'un éventuel président Macron : ce fut bien le cas sous François Hollande, alors même que l'actuel chef de l'État s'est toujours méfié des communicants de la maison Havas.


Mathieu Magnaudeix (Médiapart)
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